Fou de manga, en quête d'un manga auquel vous pourriez accrocher ? Ou novice dans ce domaine, cherchant à vous repérer dans la jungle sauvage des animés ? Vous êtes à la bonne adresse ! Bonne chasse aux animés !
Otome Youkai Zakuro
Auteur : Hoshino Lily
Type d'animé : Shôjô
Genre : Amour et amitié, Aventure, Fantastique, Historique, Romance
Année de diffusion : 2010
Nombre d'épisodes : 13 (fini)
Résumé :
Dans le Japon de l'ère Meiji, les Hommes et les êtres surnaturels coexistent dans une paix relative. Trois jeunes soldats sont envoyés au ministère des Affaires surnaturelles pour promouvoir l'entente entre les deux peuples. Ils y découvrent toutes sortes d'esprits et d'êtres surnaturels, y compris leurs partenaires de travail, quatre jeunes femmes chasseuses de mauvais esprits. Ils vont devoir mener leur mission à bien tout en apprenant eux-mêmes à cohabiter et à accepter leurs différences.
Critique :
Il n'est pas rare, dans les animés, de retrouver le concept de la confrontation entre monde réel et monde des esprits. En effet, le folklore japonais est très vaste quant aux êtres surnaturels qui vivraient à deux pas des humains, et les animés se sont réapproprié cette culture de multiples façons (pour ne donner que quelques exemples, Inuyasha et Kamisama Hajimemashita sont des emblèmes de ce genre).
Otome Youkai Zakuro s'inscrit donc dans un concept qui a déjà fait ses preuves auprès des amateurs d'animés. Ce qui est intéressant, c'est de se demander s'il a su faire quelque chose d'original et prenant de son contexte.
Pour commencer, l'animé se place dans une ère historique charnière du Japon : l'ère Meiji, durant laquelle le pays se modernise et s'occidentalise. Ce contexte géopolitique est rappelé par touches dans l'animé et contribue à la mise en place d'un contexte vraisemblable : les décors de la ville qui se font plus modernes, la volonté de mettre des relations diplomatiques en place, ainsi que tout simplement, le physique des personnages, qui pour certains peut évoquer un côté plus occidental.
De plus, il peut paraître un peu surprenant qu'en pleine période de modernisation, la question de la cohabitation avec les esprits soit si importante pour les Humains. En effet, la modernisation rime avec l'oubli progressif des traditions ; or, comme évoqué précédemment, le surnaturel imprègne la tradition japonaise. Ce léger paradoxe donne une touche d'originalité à l'animé et alimente aussi les relations entre les personnages principaux. En effet, les soldats représentent d'un côté le monde contemporain ; et de l'autre côté, Zakuro et ses amies surnaturelles sont l'image des traditions qui se perpétuent.
J'en viens à un grand point fort de l'animé : celui-ci véhicule un message d'acceptation et d'ouverture d'esprit. En effet, au début de l'animé, les différences profondes de nature et de culture entre les personnages vont être la cause de leurs difficultés à s'entendre. Les deux protagonistes, Kei Agemaki et Zakuro, représentent les extrêmes de leur univers respectif. Au cours de l'animé, ils vont donc progressivement apprendre à découvrir l'autre et à abolir les préjugés qu'ils avaient à son propos. Ils sont ambassadeurs de leur peuple mais étaient pétris d'idées reçues, ils ont donc eu besoin de comprendre réellement qui étaient leurs voisins pour pouvoir effectivement mener à bien leur travail de coopération.
C'est autour de cette problématique que s'axe l'animé et c'est très bien réussi. En revanche, l'idée que tout le monde doit s'aimer et s'accepter n'est pas particulièrement révolutionnaire ; c'est une fois de plus un thème rebattu qui a seulement été bien géré par Otome Youkai Zakuro.
La coexistence entre humains et youkai est également un bon moyen pour introduire de l'action dans l'animé. En effet, tout le monde ne voit pas d'un oeil favorable ces tentatives de rapprochement entre les deux peuples et des hostilités sont manifestées des deux côtés. En tant qu'ambassadeurs, la bande de Kei et Zakuro est chargée de maintenir l'ordre dans ce genre de situations ; ils sont donc amenés à se battre plusieurs fois au cours de l'animé. Évidemment, ces combats demeurent très minoritaires et minimes, étant donné que l'oeuvre est un shôjô. Néanmoins, cela introduit un certain rythme dans l'histoire, et cela permet également d'étoffer l'intrigue, avec un méchant et des énigmes.
Tous les personnages sont très sympathiques. Ils sont assez imprégnés du stéréotype shôjô, néanmoins ils sont bien amenés et trouvent leur place dans l'intrigue. Bien que Zakuro et Kei soient les personnages principaux, les autres membres du groupe ont également droit à leurs apartés, qui sont tout aussi intéressants que l'histoire entre les premiers.
Zakuro est un personnage enveloppé de mystères : dès le premier épisode, on laisse entendre son passé douloureux et un aspect plus sombre de sa personnalité. Cela lui donne un certain charme supplémentaire, étant donné qu'on est tenté d'en découvrir plus sur elle.
Néanmoins, l'aspect énigmatique de Zakuro est finalement assez mal exploité : on finit certes par en apprendre plus sur son passé, mais rien ne justifie vraiment son côté tortueux ni l'espèce de vénération un peu craintive que ses camarades semblent éprouver pour elle à certains moments. Les flashback et les visions qu'on nous sert par brassées n'aboutissent pas à grand-chose, et Zakuro ne semble, dans les faits, rien avoir de plus que les autres personnages qui pourrait justifier sa place supérieure.
D'une manière plus générale, l'animé est assez peu abouti. Il lance beaucoup de pistes intéressantes, comme la problématique de la cohabitation entre humains et esprits dans la fin du XIXe siècle, mais il ne les exploite pas. Traiter plus sérieusement de cette entente entre les deux peuples aurait pu rendre l'animé bien plus intéressant, en introduisant le côté diplomatique de la situation, par exemple. De même, le passé de Zakuro aurait pu être bien mieux introduit et développé, de manière à ce que les mystères qui l'entourent soient bien plus crédibles.
L'animé a fait le choix de demeurer dans le côté plus léger propre aux shôjôs, en établissant seulement quelques bases de contexte pour justifier les histoires d'amour qui fleurissent au cours de l'histoire. Néanmoins, il donne envie de voir plus de par les velléités d'intrigue qui s'ébauchent petit à petit. Coincé dans un entre-deux, il aurait mieux fait de n'afficher clairement aucune intention "sérieuse" (comme le fait par exemple Kamisama Hajimemashita), ou au contraire construire réellement une intrigue complète, plutôt comme Inuyasha - pour réutiliser les mêmes exemples.
Cette sensation d'inachèvement n'est pas pour autant le signe d'un travail bâclé : rien que sur le plan graphique, l'animé est très soigné. Pour ma part, je ne suis pas une grande fan de ce design, mais il est sans nul doute de qualité. De même, la bande-son est travaillée, dans la mesure où certaines OST sont diégétiques et participent de l'histoire. Enfin, il n'y a pas trop de longueurs dans les épisodes, qui passent sans que l'on s'ennuie.
Otome Youkai Zakuro est donc un animé avec un certain potentiel, qu'il n'a pourtant pas su exploiter jusqu'au bout. Cela ne l'empêche pas d'être agréable à regarder.